Le PSG intègre un référentiel ethnique dans son recrutement des jeunes joueurs: pourquoi c’est grave

Selon Mediapart, qui s’appuie sur les documents issus des « Football Leaks », certains recruteurs du PSG ont collecté des informations portant sur l’origine ethnique des joueurs et ont même utilisé ce critère dans leur politique de recrutement des jeunes.

Le PSG, club de football français, reconnaît que de 2013 au printemps 2018, en effet, des fiches d’évaluation de jeunes footballeurs qui comprenaient une section « origines » avec quatre choix : «Français», «Maghrébin», «Antillais», «Africain». Or, en France, la loi interdit de «collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques des personnes». Ce délit est passible de cinq ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.

Le 12 novembre, la Chambre Haute repoussait, au terme d’une séance longue de deux heures et demie, un rapport soumis par la sénatrice EELV Esther Benbassa et le sénateur UMP Jean-René Lecerf. La République française doit-elle se résoudre à intégrer des éléments ethniques dans ses statistiques publiques, son open data, dirait-on aujourd’hui, ou bien doit-elle continuer à rejeter ce procédé, comme l’exigent les principes inscrits dans sa constitution ?

Intégrer un référentiel ethnique ?

La loi informatique et liberté de 1978, révisée en 2004, rappelle qu’il est anticonstitutionnel de traiter des données personnelles faisant apparaître les orientations politiques, religieuses, syndicales, sexuelles, l’état de santé ou les origines ethniques et raciales.

Le Conseil constitutionnel interdit tout « référentiel ethno-racial ». La fameuse liste fermée de catégories ethniques, telle qu’on la connaît outre-Atlantique, n’a pas lieu d’être en France, où l’origine ne prévaut pas comme critère discriminant, d’une part, et où elle relève de la vie privée des individus, d’autre part. Les contrées traversées par nos ancêtres appartiennent à l’histoire des familles.
En vertu de ces principes, le Sénat a également rejeté la proposition édulcorée des deux sénateurs, à savoir « Que tous les cinq ans, dans le recensement, on mette une case sur le lieu de naissance des parents et la nationalité antérieure ».


Les données ne sont pas neutres

« Vaste hypocrisie ! », apostrophent ceux qui aimeraient bien voir les statistiques ethniques trouver la lumière des plateaux télé. Avec chacune des raisons non dénuées de passions : ou bien l’on voudrait recourir à ces statistiques dans les débats sur l’immigration ; ou bien on estime que les statistiques ethniques permettront enfin de prendre la mesure exacte des discriminations raciales.

Le recours aux statistiques ethniques devrait permettre de combattre les stéréotypes et les discriminations lors de l’embauche ou dans le déroulement des carrières, estime Arduini-Elatfani, Présidente du Club XXIe Siècle (Le Monde, 21/11/15).
Le démographe François Héran, ancien directeur de l’INED (institut national d’études démographiques) , dénonce pour sa part une « police des mots » qui matraque la connaissance des réalités, et empêche d’agir contre un certain type de discriminations qui est trop peu précisément identifié.
« Pour combattre les préjugés, il nous faut plus d’informations et non pas moins », estime François Héran, qui semble là supposer qu’une information chiffrée est vierge de toute intentionnalité. Lorsque l’on s’appuie, aux États-Unis, sur des statistiques indiquant les courants migratoires surreprésentés parmi les chômeurs, on se focalise sur la population des demandeurs d’emploi pour y voir la proportion d’immigrés.
Comment sont traitées les données discrètes ? Sur une période de combien de temps ? Dans quelle conjoncture, et pour quelles conjectures ? Les données ne sont pas neutres. Tous les dérapages sont prévisibles, et en premier lieu celui de la stigmatisation d’une partie des citoyens de et dans la nation.
Police des mots ? Non, garde-fou de la République. Envisage-t-on un seul instant de laisser en Prime Time ce genre de statistiques officielles dans les mains d’un Zemmour ou d’une Marine Le Pen ?

La statistique ethnique, ou la tentation de la régression

L’open data rend la tentation de la statistique ethnique encore plus dangereuse. Une université publique pourrait avoir aisément accès aux statistiques ethniques de ses étudiants, et en faire un critère déterminant pour l’orientation. On proposerait par exemple à tel ou tel étudiant répertorié comme d’origine béninoise un cursus de « black studies ». Comme si les origines de ses ancêtres déterminaient l’avenir d’un homme. Ne nous voilà pas en pleine régression ?

L’idée est que chacun puisse se décentrer, et non pas replonger dans des considérations ethniques auto-centrées.
À cet égard, la discrimination positive, si elle est instituée sur les seuls critères de l’origine ou de la couleur de peau, est contestable. Ce n’est pas par les proportions chiffrées que l’on obtient durablement l’équité souhaitée, mais par l’instruction et la formation de l’ensemble des citoyens, sans distinction.

En réalité, il s’agit moins d’obtenir davantage d’informations sur les populations issues de la diversité, mais ce sont ces populations, pour les désigner ici sans nuance – qui ont le droit d’être mieux informées, afin d’être en mesure de dépasser cette valeur refuge qu’est l’ethnie.

L’open data fait sens en ce qu’elle crée des liens qui libèrent, pas des liens qui enferment.

En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2014/12/05/cercle_119622.htm#8LTu0Md6lCz0zTBK.99

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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