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Inscription antisémite sur la vitrine d’un « Bagelstein » : non, ce ne sont pas les Gilets Jaunes

Un graffiti antisémite en plein Paris relance la colère face à une recrudescence des actes antisémites en France ces dernières années. Attribuée à tort aux manifestants Gilets Jaunes samedi 9 février, l’inscription a été proferée dans un contexte où les antisémites profitent du chaos social pour nuire.

Un cliché qui fait frémir : la devanture d’une franchise parisienne de « Bagelstein » barrée d’un tag « juden », rappelant les inscriptions antisémites ciblant les commerces juifs lors de la nuit de Cristal en 1938 dans l’Allemagne nazie.

le dessinateur Joann Sfar a publié un long billet d’indignation dans lequel il soutient que le contexte des manifestations des Gilets Jaunes n’est pas étranger à cet acte. Rappelons que l’inscription a été proférée dans la nuit de vendredi à samedi, donc avant le passage des Gilets Jaunes dans la capitale à l’occasion de « l’Acte 13 ». :

« Je garde un silence de tombe depuis cette histoire de gilets jaunes. Car je sais ce qu’on va me répondre. C’est bizarre ce moment où l’on se dit qu’il est inutile de parler. On ne parvient même pas à se souvenir du nombre de banderoles ou cris ou graffitis antijuifs qui ont explosé depuis le début du mouvement », écrit l’auteur de bande-dessinée.

« Il y aurait eu de tels graffitis antisémites à un défilé de n’importe quel grand parti ou syndicat, ça aurait fait un scandale justifié. Même à un défilé du Front national, ils auraient eu trois procès et Marine Le Pen aurait exclu du monde! Ici, non. Ici, personne n’a rien vu, n’y est pour rien, n’en pense rien », poursuit l’auteur du « Chat du Rabbin », fustigeant « cette légende qui a cours en ce moment, selon laquelle la colère de la foule serait un moment sacré qui ne débouche que sur du vrai, du bien et du beau ».

Et le dessinateur d’ajouter: « Celui qui a choisi d’écrire « JUIF » en allemand sur cette boutique sait très bien qu’il pense aux vitrines de la nuit de Cristal. Il faut se taire, je crois, parce que plus personne n’a envie d’entendre. N’importe quelle alerte grave ne débouche aujourd’hui que sur une controverse Twitter. La culpabilité sociale est telle sur nos chaînes de télé et chez les commentateurs que n’importe quelle réaction sensée face à ces dérives passe pour un soutien au gouvernement Macron. Oui, on a le droit d’être en opposition totale avec de nombreuses décisions du gouvernement actuel tout en ne trouvant aucune excuse à ceux et celles qui utilisent le désespoir des gens pour attiser, une fois encore, la haine raciale, le fantasme sur le juif, sur le franc-maçon, prétendument tous riches et puissants bien entendu, ou la haine de l’immigré ».

Infusion de l’extrême droite

Certes, des centaines de personnes se réunissent et manifestent sans aucune haine antisémite, raciste ou homophobe sous ce chasuble de visibilité. A cet égard, rappelons que l’inscription antisémite « Juden » a été découverte avant le passage des Gilets Jaunes dans la capitale samedi 9.

Néanmoins, le climat de violence qui a lieu depuis quelques mois fait remonter toutes les vieilles haines raciales du fait de son caractère chaotique, c’est à dire sans limites ni dans la durée ni dans les actes : non seulement l’extrême-droite infuse les cortèges (et non « infiltre, il ne s’agit pas d’une puissance étrangère mais bien de Français ») et de surcroît, personne n’assume la responsabilité de la violence qui se produit ni n’envisage de la faire porter à quiconque, étant donné que n’importe qui peut revêtir le fameux gilet jaune.

Relativisme amnésique

Voilà le danger : les actes antisémites, très fréquents en France depuis longtemps, sont désormais non pas couverts (ne nions pas que de nombreux « Gilets Jaunes » les condamnent sans contorsions), mais recouverts. Par l’anonymat, par le flou de la concomitance d’évènements, par un relativisme amnésique.

Notre déception ou notre colère éventuelles envers Emmanuel Macron ne doit pas nous endormir.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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