LES DOSSIERS PEDAGOGIQUES D’INTEGRALES _Le Benelux, proto-UE

Paul-Henri Spaak, un père de la paix

Un père. Solide et sévère, cet homme au visage large est un fondateur d’une Europe de la paix. Artisan de l’Europe du libre échange et de la Défense européenne, ce Belge Paul-Henri Spaak (1899-1972) qui a traversé deux guerres mondiales était convaincu que la paix passait par les relations commerciales intenses et sereines entre Etats du grand continent.

Né le 25 janvier 1899 à Schaerbeek, en Belgique, Paul-Henri Spaak grandit dans une famille engagée dans la vie politique. Son grand-père, Paul Janson, fut un membre du Parti libéral tandis que sa mère, la socialiste Marie Janson, devint la première femme à entrer au Sénat belge. Son oncle, Paul-Émile Janson, fut Premier ministre belge à la fin des années 1930. En mentant sur son âge, il parvint à s’engager dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale, et fut pendant deux ans prisonnier de guerre des Allemands. Après la guerre, Spaak choisit d’étudier le droit, grâce à quoi il intégra un cabinet d’avocats à Bruxelles. Il devint membre du Parti ouvrier belge en 1920, puis Premier ministre en 1938. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement belge en exil à Londres.Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il était ministre des affaires étrangères, il avait en vain cherché à préserver la neutralité de la Belgique, puis a suivi son gouvernement en exil, d’abord à Paris, puis à Londres.
À son retour à Bruxelles en 1944, il fut encore ministre des affaires étrangères, puis à nouveau Premier ministre. En pleine Seconde Guerre mondiale, il avait déjà formulé des propositions pour l’unification des pays du « Benelux » (Belgique, Luxembourg, Nederlands) et, dès 1945, à la fin de la guerre, c’est tout naturellement qu’il fut un fervent plaideur de l’unification de l’Europe en soutenant la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier et l’établissement d’une communauté européenne de défense.
Le commerce, c’est la paix. Spaak était convaincu que la signature de traités contraignants entre les pays était le moyen le plus efficace de garantir la paix et la stabilité. Il a contribué à la réalisation de ces objectifs dans ses fonctions de président de la première assemblée plénière des Nations unies (1946) et de secrétaire général de l’OTAN (1957-1961). Ainsi, Paul-Henri Spaak fut une figure de premier plan lors de la rédaction du traité de Rome. Lors de la conférence de Messine en 1955, il fut nommé, par les six États participants, président du comité chargé de plancher sur ce traité.

Le BENELUX, proto-UE

Spaak, donc, est une figure d’après-guerre. Un visage imposant de la paix et de l’Europe, comme si ces deux termes étaient dorénavant indissociables. Spaak fit son entrée sur la scène internationale en 1945, lorsqu’il fut nommé président de la première session de l’Assemblée générale des Nations unies. En 1956 il devint secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
Il était connu pour ses talents de rhétorique : ce génie à la voix grave savait attirer l’attention et il possédait surtout une grande force de persuasion. La vision de la coopération européenne prônée par cet homme talentueux allait marquer les esprits. Spaak est considéré comme l’une des chevilles ouvrières du projet d’intégration européenne.
Il faut savoir qu’en 1945, une grande partie de l’Europe était en ruines, épuisée par la Seconde Guerre mondiale. IL a fallu du courage pour que Paul-Henri Spaak vit là l’occasion de faire à nouveau de l’Europe un continent puissant, grâce à une coopération économique et politique. La guerre lui prouva qu’il était plus bien productif de se fédérer pour travailler à un objectif commun que de se combattre. Pour construire les premières briques de l’Europe de l’union économique, Spaak eut l’idée de former le BENELUX.

Quand Spaak travaillait replié depuis Londres, la guerre poursuivait sa marche folle, destructrice, et irrépressible sur le vieux continent. Aec ses collègues néerlandais et luxembourgeois, Spaak travaillait secrètement à un projet audacieux et ambitieux: le Benelux. Né en 1944, cette union douanière entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Il s’agissait d’une idée simple, mais qui n’avait jamais été proposée ni concrétisée auparavant. Elle consistait à garantir la libre circulation des capitaux, des personnes, des services et des biens à l’intérieur des frontières de ces trois pays: une source d’inspiration pour l’intégration européenne.

Lisbonne, Messine et Rome

En février 1952, la conférence de Lisbonne (Portugal) des États membres de l’Alliance atlantique adopte le rapport d’un comité de sages – dont Monnet, qui met en place une organisation militaire intégrée, l’OTAN, destinée à placer sous commandement américain l’armée dite européenne (CED) . Certains lui reprocheront de n’avoir pour fonction que d’être une troupe de supplétifs.
Messine

Revenons sur cette conférence de Messine (Italie), peu connue de la majeur partie des Européens : en 1955, lors de la conférence de Messine réunissant des chefs d’État et de gouvernement européens, Spaak fut nommé président du comité chargé de préparer un rapport sur la création du marché commun européen. On a parlé du «comité Spaak». Lors de cette conférence, les trois États du Benelux proposèrent de relancer l’intégration européenne sur la base d’un marché commun et intégré dans les secteurs des transports et de l’énergie nucléaire. C’est ce «rapport Spaak» fut à l’origine de la Conférence intergouvernementale de 1956 sur le marché commun et l’Euratom, et servit de point de départ à l’élaboration des traités de Rome signés le 25 mars 1957, qui instituèrent la Communauté économique européenne en 1958. Spaak signa ces traités au nom de la Belgique.
Le 25 mars 1957, le Traité de Rome est signé. Nous devrions d’ailleurs dire : « les Traités de Rome ». L’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signent à Rome deux traités : le premier crée la Communauté économique européenne (CEE) ; le second met en place la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA ou Euratom). Ces deux traités sont entrés en vigueur le 14 janvier 1958.
Le 16 mai 1957, Paul-Henri Spaak, qui a été le principal artisan de ces traités, devient le 2e secrétaire général de l’OTAN, poste dans lequel un autre des pères du Traité de Rome en 1957, le Néerlandais Joseph Luns, restera longtemps, de 1971 à 1984. OTAN et “construction européenne” sont ainsi liées, et le sera encore davantage quand les États de l’Europe anciennement sous hégémonie soviétique ont considéré l’intégration à l’UE comme l’antichambre de l’intégration à l’OTAN.


L’Europe, toute l’Europe

Spaak a défendu avec la ferveur qu’on lui connaissait l’importance de l’intégration européenne et l’indépendance de la Commission européenne: «L’Europe de demain doit être une Europe supranationale», avait-il déclaré pour contrer le «Plan Fouchet» du président français Charles de Gaulle en 1962, visant – tristement, osons-nous dire – à empêcher l’entrée de la Grande-Bretagne dans les communautés européennes et à affaiblir leur assise supranationale. L’unité européenne imaginée par Spaak était avant tout économique. L’homme d’État belge souhaitait l’unification politique, mais sans se limiter aux pays du marché commun. On comprend pourquoi il s’opposa donc à toutes les actions proposées par la suite jusqu’à ce que l’intégration économique de la Grande- Bretagne soit réalisée. Il prit sa retraite politique en 1966 et décéda peu de temps après dans sa bonne ville de Bruxelles en 1972.

Si Spaak est présenté dans les livres d’histoire comme le moteur de l’intégration européenne, c’est parce qu’il a cru en un projet européen bien avant le début proprement dit de la coopération économique et politique. Ce qui est remarquable chez lui est qu’il fut un Européen convaincu qui porta le regard au-delà des frontières de son seul pays.

L’héritage

Le 30 septembre 2015, Le Premier ministre belge Charles Michel a largement cité le président de la première assemblée générale des Nations Unies, le Belge Paul-Henri Spaak, et rappelé l’objectif des fondateurs de l’ONU au lendemain du deuxième conflit mondial – «préserver les générations futures du fléau de la guerre» – lors d’une intervention devant l’assemblée générale. Charles Michel a notamment fait référence au Premier ministre socialiste qui, au lendemain de la guerre, dans un pays pleurant sur ses ruines sanglantes, invitait à «saisir la chance qui s’offrira pour faire faire au monde un progrès substantiel», une citation énoncée en préambule du «nouvel élan» que doit constituer l’agenda 2030 des Nations Unies pour éradiquer la pauvreté. Le chef du gouvernement belge a énuméré dans ce contexte les nombreux défis qui attendent le monde parmi lesquels la nécessité de voir émerger les conditions du développement en Afrique, un continent promis «à occuper une place de plus en plus importante dans le monde».

Le bâtiment Paul-Henri Spaak (PHS), édifié en à Bruxelles en 1993, accueille l’hémicycle, des bureaux, un centre de presse et les services de la présidence. Sachez que c’est là que se tiennent les travaux des députés entre deux sessions plénières à Strasbourg. Ce bâtiment menace carrément de s’effondrer et n’est plus aux normes. Il y a un peu moins d’un an, en 2017, un rapport révélé par Politico faisait l’effet d’un éboulis : le PHS ne répond plus aux normes de sécurité (réseaux de ventilation et de conduite d’eau défectueux, isolation, soucis d’infiltrations…) et une des hypothèses avancées alors était la destruction de ce bâtiment à risques. Le bureau du Parlement a lancé en juin 2017 des études complémentaires… Fin 2018, il a de nouveau évoqué cette question pour décider encore une fois de ne rien décider. Désolant, quand on pense à la figure résolue de Paul Henri Spaak.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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